JORDAN LA LOI DU PLUS FORT – Sam SMITH

Ce livre est sorti sous le nom de « Jordan Rules » aux USA en 1992, en pleine suprématie des Bulls version Jordan, et c’est donc 24 ans plus tard que les Editions Mareuil ont décidé de nous offrir sa traduction à l’été 2016.

Surfant sur la vague de « Un coach, onze titres NBA : Les secrets du succès » de Phil Jackson et de « Michael Jordan, the life » déjà sur MJ, » Jordan, la loi du plus fort  » arrive avec une légitimité qui défie les années écoulés depuis l’original. On plonge avec plaisir dans cette période dorée de la NBA des années 90 d’autant plus que l’on s’attarde sur l’équipe la plus mythique de cette décennie.

Avant de commencer ce livre j’avais plusieurs a priori négatifs qui furent très rapidement dissipés. Le premier étant la peur d’un ouvrage trop ancré dans son époque, souffrant de la comparaison avec la NBA actuelle, mais le style de Smith nous fait vite oublié les années qui nous séparent de la première publication. Journaliste ayant un accès direct ou indirect quasi total à la vie interne des Bulls, il ne cherche pas les belles formules et évite d’enjoliver la réalité pour aller droit au but : nous faire vivre de l’intérieur une saison complète avec  les coéquipiers de Jordan. On retrouve ainsi des discours rapportés ou des interviews retranscrites avec des mots la plupart du temps aussi crus qu’authentiques.

Ma deuxième inquiétude était de tomber sur un livre faisant du Jordan-bashing tout du long. Je me rappelle avoir lu plusieurs commentaires, quand je voulais me procurer « Jordan Rules » en VO, qui ne faisaient ressortir que l’insistance de l’auteur à vouloir démonter un mythe à l’image publique parfaite. Il faut savoir que ce bouquin a créé une vive polémique et avait très mal été perçu par Jordan lui-même, ce qui peut se comprendre une fois lu. Je n’aime pas les livres-buzz où ceux surfant volontairement à contre-courant cherchant à se démarquer par une approche délibérément pamphlétaire. Si le début semblait renforcer mes craintes, je saisis rapidement que Smith ne dépeint pas uniquement le seul Jordan sous des traits peu flatteurs. Tout le monde en prend pour son grade. Il faut également comprendre que cela n’est pas fait gratuitement et méchamment. Non, ce qui ressort c’est le contraste entre une réalité, que je crois être retranscrite comme la plus fidèle possible, et l’image polie et filtrée par le prisme de la NBA. La ligue ne s’attarde d’ailleurs que sur les arabesques esthétiques et politiquement correctes pour constituer ses « highlights », omettant d’exposer l’engagement physique pourtant omniprésent sur les parquets à cette époque. Tout l’inverse de la NHL sur la même période. Naïvement, j’étais loin de m’imaginer tous les états d’âmes qui pouvaient être déversés dans un vestiaire NBA. Surtout dans CE vestiaire.

Concrètement si l’on peut dire que le livre commence par la « fin », il enchaîne ensuite avec un chapitre par mois de compétition de la saison 1990/91 qui accouchera, il n’y a plus de suspens, par le premier titre des Chicago Bulls. Un peu comme le lecteur s’autorise à rêver que le Titanic ne va pas finir par couler, on a beaucoup de mal à anticiper le titre de champion qui viendra récompenser un effectif en manque total d’alchimie. Au grès de leurs revendications et atermoiements, Smith arrive à nous décrire de manière noble et humaine chacun des protagonistes ayant eu l’honneur de revêtir la tunique rouge et blanche. Maîtrisant le sujet du basketball, il nous faire vivre les matchs avec autant d’attention que l’action en coulisse. L’auteur n’oublie d’ailleurs pas d’égratigner le coach Jackson, le GM Krause et le propriétaire Reinsdorf.

Vraiment je redoutais que le livre ne se perde en longueur sur les vices d’untel et untel alors qu’en fait on dépasse rapidement ce cap. Smith va beaucoup plus loin que du journalisme à sensation. Tous les maux peuvent se comprendre. Tous les écarts de langage ont une explication. Il faut voir dans ce livre une leçon de vie. Comprendre qu’une saison sportive est un catalyseur émotionnel où l’on demande aux joueurs d’abandonner leur enveloppe humaine pour se parer d’un costume d’acteur à la performance attendue par des milliers voire des millions de personnes. Lecteur, aurais-tu pu, toi qui n’as pas le talent d’un Jordan, tenir toute une saison avec les exigences que cela implique? Déifié par les tubes cathodiques et les presses rotatives Jordan n’en reste pas moins un être humain comme vous et moi. Le plus fort et jouissant de sa propre loi certes, mais avec tout autant de défauts que ces coéquipiers.

Je vous invite à lire ce livre jusqu’à sa dernière page car l’ « Epilogue » et les « Remerciements » sont pour moi d’une importance capitale pour comprendre les véritables intentions de Sam Smith.

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