Kobe Bryant et son nouveau projet

51p78ej1-ul._sx332_bo1204203200_Après avoir transformé sa lettre d’adieu Dear Basketball en un film d’animation récompensé aux Oscars, après avoir lancé la série Detail sur ESPN où il décortique la NBA, et après avoir écrit le bestseller (aux US puisque pas encore sorti en France) Mamba Mentality, on apprend, dans le numéro 221 du magazine SLAM, que Kobe Bryant s’apprête à sortir un nouveau livre intitulé The Wizenard Series: Training Camp.

Alors là je vous sens venir, vous allez me demander: « ça parle de quoi son truc là? ». Je vous connais bien hein? Et bien sachez qu’il s’agira d’un titre qui appartient au genre Jeune Adulte (ou Young Adult en VO) dont le scénario imaginé par l’ancien Laker peut-être décrit comme la rencontre entre les mondes de Harry Potter et du basket. L’action se passera à Dren dans un univers fantastique appelé Granity où l’on suivra le Professeur Rolabi Wizenard qui se chargera de transformer des ados en plein doute en une équipe hyper forte.

Si Bryant est au scénario, l’écriture, elle, est l’oeuvre de Wesley King déjà connu pour ses succès dans le Young Adult. Kobe avoue s’être inspiré de son parcours personnel et notamment de ses jeunes années à Philadelphie, de ses rencontres en NBA (co-équipiers, coachs) mais aussi de son Disney préféré: Mary Poppins.

Selon Kobe, « dans [ce livre], on essaye d’apprendre aux enfants, grâce à Wizenard comment appréhender leur émotions internes — la gentillesse, la méchanceté, l’indifférence. On leur apprend la compassion, l’empathie, une éthique de travail et l’attention au détail. C’est comme cela, je pense, que l’on devrait raconter des histoires. »

Le futur Hall of Famer avait ce livre en tête depuis plusieurs années maintenant et, s’il a rencontré quelques difficultés pour trouver un éditeur malgré sa renommée et son précédent succès en librairie, il dit ne pas se soucier des ventes car l’objectif est ailleurs. « Pour moi, Wizenard est déjà un succès. C’est différent du sport. En sport l’objectif est de gagner un titre. Avec ce projet, si une personne touche ce livre et est profondément impactée, alors c’est un succès. »

Les premiers retours que j’ai pu trouver sur internet ont l’air unanimes: le livre est génial. Si le genre vous plait (doit certainement y en avoir parmi vous qui ont lu Harry Potter quand même) ou si vous êtes curieux, vous pouvez vous procurer Wizenard en VO ou prier pour qu’un éditeur Français décide de nous sortir ça un jour.

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L’enfer du Dimanche

Je déteste le Dimanche. Enfin je déteste le Dimanche uniquement de Février à Août. C’est le jour qui me colle l’angoisse. Tu ne peux pas profiter de ta journée car tu sais que le lendemain tu repars au boulot. Je fais un véritable blocage là-dessus. Tu vois le Vendredi c’est cool tu sais que tu es tranquille derrière. Le Samedi pareil. Mais le Dimanche… En plus tout est fermé, de moins en moins, mais tout est fermé. Il règne cette atmosphère qui m’empêche de vivre et de profiter du moment. C’est comme si dès le réveil j’avais une « horloge » de Damoclès au-dessus de la tête. « Plus que 14 heures avant de reprendre le boulot ! »

Mais à partir du mois d’Août c’est une toute autre histoire. Le Dimanche c’est l’avènement. Le jour tant attendu toute la semaine. Le Dimanche c’est FOOTBALL!!! Enfin football américain. Parce que je suis pas du genre à attendre toute la semaine un match de Série A ou un St-Etienne/Strasbourg désolé. Je vais vous expliquer tous les éléments qui ont totalement chamboulés ma perception du dernier jour de la semaine. Voici le guide officiel pour mettre un terme à votre ennui dominical.


FANTASY

Tout le monde connait maintenant le principe de la Fantasy League. Pour parfaire ce jeu il faut y jouer si possible entre amis et avec quelque chose en jeu. Mais même une Fantasy contractée au pif à la dernière seconde face à un groupe d’américains inconnus au bataillon ça le fait quand même. Pourquoi ? Parce que cela rend TOUS les matchs intéressants. Votre matchup peut dépendre d’un Lions/Dolphins auquel vous n’auriez prêté aucun attention sans la Fantasy. Ce jeu vous pousse également à connaitre un peu plus les joueurs et les styles de jeu de chaque équipe NFL. Il vous oblige à suivre l’actualité en étant hyper réactif face aux blessures, méformes, et échanges de la vie « réelle », mais également à tout ce qui se passe dans VOTRE ligue. Quel joueur a été laissé libre récemment ? Dois-je récupérer ce joueur blessé pour quelques semaines en comptant sur un retour au top?

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La Fantasy c’est aussi du trashtalk. C’est même pour moi l’essence de ce jeu. Si vous avez la chance de faire ça entre amis ou avec un groupe de personnes que vous avez appris à connaitre grâce à la Fantasy, cela décuple l’attrait pour ce jeu. Se faire chambrer pour le choix de tel ou tel joueur. Mettre la pression pour un échange. Se moquer d’une défaite d’un pote à cause de la performance impensable d’un seul joueur qui fait basculer la rencontre… À titre d’exemple, cette année avec mes gars sûrs d’Instagram (Eddie et Samy c’est de vous que je parle là) on a organisé une ligue avec nos abonnés et je peux vous garantir que le dimanche soir sur le groupe Messenger c’est la rigolade. J’ai cette particularité de jouer chaque semaine contre l’équipe qui finit toujours par marquer le plus grand total de points ou presque. Cette malchance m’agace au plus au point mais ça en devient risible. J’aime aussi laisser sur le banc des joueurs qui se transcendent histoire de bien me faire regretter mes choix. Je suis typiquement une cible vivante pour le trashtalk et ça c’est formidable.

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Le dimanche est donc rythmé, pour moi, par cette Fantasy. Je passe la journée à surveiller les nouvelles pour ajuster mon lineup jusqu’à la dernière seconde (je m’occupe aussi de mes enfants et ça m’arrive de parler à ma femme aussi hein…). Cela me fait penser justement à une manœuvre qui m’aura valu les quolibets de mes adversaires que je considérais pourtant comme des amis… Quelques heures seulement avant un match à Denver, les médias relayaient des images du stade couvert de neige (au moins 40 centimètres au sol) en pleine tempête. Il faut savoir que la NFL c’est pas la ligue 1 Conforama et que tous les matchs se jouent peu importe les conditions météorologiques. De ce fait, possédant un receveur des Broncos de Denver dans mon effectif partant, je décide de le remplacer par un autre. Pourquoi ? Parce que la neige va perturber le jeu de passe aérienne et les équipes s’adaptent généralement en utilisant énormément le jeu de course au sol. Résultat ? Le stade aura été rendu praticable en un temps record, plus un seul flocon à l’heure du match, mon receveur fait un match énorme alors que son remplaçant est pathétique. Bien joué !


REDZONE

La NFL, et donc mon Dimanche, sont rendus encore plus agréables et passionnants grâce à l’une des merveilleuses créations du genre humain : la RedZone ! L’outil parfait pour les fans de Foot US ET joueurs de Fantasy.

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Quoi que c’est exactement la RedZone me diriez-vous ? Pour faire simple c’est un multiplex de 7 heures sans aucune publicité ou interruption. Agrémentez le tout d’un bandeau déroulant permanent sur les stats Fantasy et vous avez là la recette idéale pour un Dimanche réussi. Ah oui j’oubliais ! La NFL propose des matchs à un horaire parfait pour les fans européens puisque le spectacle commence à 19H00 heure française !

La RedZone vous empêche littéralement de décrocher. On jongle entre les matchs en passant d’occasions folles en replay d’highlights. Les rares temps calmes permettent au spectateur de reprendre ses esprits et de faire un point sur la situation sur chaque terrain. Le téléphone à coté, et en un coup d’œil sur l’appli Fantasy on peut voir l’impact sur notre matchup de la semaine.

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La RedZone c’est aussi l’occasion, pour celui qui aime ce sport sans forcément suivre une équipe en particulier, de ne pas « subir » une unique affiche choisit par un diffuseur. C’est aussi l’assurance de ne pas se frapper les interminables pub’ américaines pour les assurances ou le dernier SUV Ford.

De plus il est aujourd’hui HYPER SIMPLE d’accéder à ce mythique rendez-vous hebdomadaire. BeIn Sports le propose à ses abonnés, vous pouvez souscrire à l’offre économique de la NFL pour 50€ à l’année, ou vous pouvez faire partie de la team streaming, bien que je n’encourage pas du tout ce genre de pratique qu’il serait pourtant naïf d’ignorer en 2018.


TAILGATE

Aux « States » des États-Unis d’Amérique of USA, le Dimanche c’est l’occasion de revêtir quelque vêtement que ce soit aux couleurs de son équipe. De la simple casquette au déguisement intégral incluant peinture sur le visage, chacun y va de son propre rituel.

Les fans se rassemblent ensuite sur les immenses parkings des stades NFL pour… une sorte de barbecue géant. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous invite à vous plonger dans le livre « Tailgate to Heaven » qui parle de ce phénomène (chronique dispo sur le blog). Un must-read. On cuit des saucisses, on boit des bières, on se lance des ballons, tout ça en parlant du match à venir et en refaisant ceux passés. Certaines personnes passent même toutes leurs économies dans les tailgates. Il y a même des gens qui ratent une partie voire même l’intégralité du match pour rester sur le parking à festoyer.

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Pour ma part, je me contente de boire une « Bud » (l’abus d’alcool est dangereux pour la santé mais une bière ça passe) que l’on arrive à trouver maintenant un peu partout en grande surface pour mon plus grand bonheur (désolé mais Heineken je sature). Pour ne pas sombrer dans le monde impitoyable du cholestérol, avec ma petite famille on s’accorde uniquement de temps à autres un repas « à l’américaine ». C’est l’occasion pour moi de brancher l’ordi en HDMI sur la TV pour y diffuser le feed de la RedZone et d’essayer de transmettre mon amour pour le foot US à mon fils et ma fille. Je vous avoue que de les entendre crier « Touchdown ! » est quelque chose d’extrêmement jouissif.

Vous comprendrez donc pourquoi les autres Dimanche de l’année paraissent bien fades, tristes et monotones…

À l’attention de Madame N.B.A.

Madame,

C’est aujourd’hui que vous faites votre grand retour. Enfin ce soir. Cette nuit même. Vous revoir en comblera plus d’un ici et vous ne pourrez pas passer inaperçue dans les couloirs. Votre discrétion d’antan fait place à une exposition beaucoup plus importante. Il faut dire que les éloges sur votre travail ne manquent pas: spectaculaire, inimitable, unique, passionnant…

Pour ma part je ne vous cache pas que vos initiales étaient couchées sur mon calendrier depuis un moment. Et pour continuer dans l’honnêteté, je n’ai pu m’empêcher d’essayer de glaner quelques nouvelles pendant vos vacances. Pour ma défense, nous sommes quelques curieux dans ce cas. Il faut dire que vos activités à Los Angeles et à Oakland, entre autre, ont beaucoup fait parler.

Vous trouverez sur votre bureau trois dossiers importants. Nos clients de Boston sont très ambitieux et veulent s’étendre sur l’Ouest du pays ce qui leur permettraient de retrouver leur gloire passée. Cela rentre en conflit avec les intérêts des « Guerriers », ce groupe de contestataires de la baie de San Francisco qui fait des émules et dont le mouvement est maintenant très suivi. De plus le « Roi » de l’Union des États n’entend pas laisser la situation s’éterniser. Il se donne quelques années pour renverser l’ordre établi et préparer l’arrivée de son fils au pouvoir, bien que le trône soit convoité par plusieurs autres dirigeants. Ce n’est un secret pour personne, le souverain Grec est un prétendant affiché.

Vous le voyez la situation est tendue et notre marge de manœuvre est ténue. Aussi, nous concentrerons nos efforts sur le moyen terme et nous nous laissons cette année pour évaluer la perspective d’avenir des « Guerriers ».

Mais le futur doit se préparer dès aujourd’hui. Le patron nous demande de commissionner nos adjoints pour une prospection sur d’autres terres moins en vue mais prometteuses. Philadelphie est devenue trop médiatisée par exemple, et toutes les ressources ont été trouvées là-bas. Il faut que nous nous déployons sur d’autres marchés comme Dallas ou Phœnix. Il en va de notre réputation de continuer à proposer une offre qualitative aux quatre coins du pays. Le monde entier nous regarde.

Enfin je terminerai par un message un peu plus personnel. Si vos vacances sont un droit acquis, il n’en reste pas moins que mon cœur est lourd quand vous êtes absente. Je languis votre retour chaque année car je sais que mon quotidien sera facilité. Une véritable bouffée d’air frais. Je n’ai que très peu de chance pour que vous me remarquiez et que vous me considériez plus qu’un autre collègue, surtout depuis la constitution du bureau des « Influenceurs » (l’élite de notre entreprise en étroite collaboration avec votre bureau), mais sachez que je resterez fidèle à mes engagements et prêt à vous soutenir à chaque instant.

Au plaisir de vous croiser.

Amicalement,

Frédéric

Bureau P.23

INTERVIEW – LUCAS SAÏDI

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Vous le connaissez peut-être sous le pseudo de Mr. LK sur Twitter ( @SwitchtoLK ) ou comme intervenant dans le podcast « L’Echo des parquets », Lucas Saïdi m’a fait le grand honneur de se prêter au jeu de l’interview et je vous préviens dès à présent, ce qui suit est tout simplement passionnant!!!

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vous rappelle que son dernier livre « Les Suns, à la vitesse de la lumière » (traduction de « 7 seconds or less » de l’immense Jack McCallum) est actuellement disponible dans toutes les librairies et qu’il s’agit là d’un véritable chef d’œuvre (chronique à venir sur le blog). Alors sans plus tarder: leeeeeeet’s gooooo!

Bonjour Lucas, « A la vitesse de la lumière » est le deuxième livre dont tu es le traducteur après « Jordan, la loi du plus fort » tous les deux aux Editions Mareuil. Peux-tu nous dire combien de temps cela t’as pris pour traduire chacun de ces deux livres ?

Deux laps de temps très différents, en fait. En ce qui concerne le premier, je l’ai traduit en parallèle à mon année de Master 2, donc sur huit mois au total puisque je n’avais qu’une ou deux heures par jour à lui consacrer hors weekends. Pour celui-ci, j’ai pu travailler dessus au quotidien en complément de mes autres projets de traduction, donc facilement quatre ou cinq heures par jour, et la traduction a été bouclée en un peu moins de quatre mois.

Quelles sont les principales difficultés dans l’exercice de la traduction ?

Elles sont nombreuses, mais à titre personnel la plus difficile à intégrer reste le travail sur la relecture. La traduction est une discipline fondamentalement collective puisque tout travail doit être relu, corrigé, modifié, revu, repensé, et il m’est parfois difficile de faire des concessions sur des éléments auxquels je suis attaché, à tort ou à raison.

Si je devais pointer une dimension plus technique, ce serait sans hésiter le principe de cohérence : par exemple, si « je paie » a été orthographié avec un I, on ne pourra pas l’orthographier « je paye » avec un Y ailleurs dans le texte. C’est un exemple qui peut paraître anodin, mais puisque plusieurs personnes travaillent sur un même texte, ces problèmes d’unité peuvent facilement se multiplier et, sans sauter aux yeux du lecteur, se révéler insidieusement désagréables puisqu’ils fendillent petit à petit l’harmonie du texte. Cela peut être le cas pour de l’orthographe, comme je le disais plus tôt, mais aussi dans des choix de ponctuation ou du vocabulaire. Si vous avez décidé d’opter pour traduire « assistant coach » par « entraîneur assistant », vous ne pouvez pas utiliser « entraîneur adjoint » car les deux termes sont différents et donc susceptibles de générer une confusion. Ce principe de cohérence est absolument primordial, mais plus le texte est long, plus il se retrouve mis à mal et plus il faut être vigilant.

Est-ce que la traduction représente ton seul métier ou trouves-tu le temps de faire ça sur ton temps libre ?

C’est mon métier, oui, je traduis principalement des jeux vidéo. Sans réellement parler de temps libre, la traduction de livres est une partie très mineure de mon activité : c’est surtout un choix « plaisir », car les projets qui m’ont été proposés par Louis de Mareuil me plaisent énormément et que j’apprécie de pouvoir travailler avec lui, tout comme j’apprécie qu’il me donne l’opportunité de travailler sur des titres que je souhaiterais voir publiés. Pour synthétiser, l’enregistrement du podcast hebdomadaire « L’Écho des Parquets », c’est sur mon temps libre. La traduction des livres pour Mareuil Éditions, ça reste une partie intégrante de mon activité professionnelle car je dois refuser d’autres projets pour pouvoir m’y consacrer.

Est-ce que c’est toi qui est venu vers l’éditeur pour proposer ces projets ou l’inverse ? Peux-tu nous expliquer ces deux choix de livres ?

Au départ, j’étais entré en contact avec Louis de Mareuil quand il travaillait aux éditions Jacob-Duvernet, qui avaient publié le livre « Tony Parker, né pour gagner » d’Armel le Bescon. Je lui avais proposé le projet « Jordan Rules », en lui soumettant un petit sample de quelques pages traduites, et en expliquant ce qu’était le livre, ainsi que pourquoi je prêtais du potentiel à une traduction française. Malheureusement, les éditions Jacob-Duvernet étaient en difficulté à l’époque et le projet n’avait pas abouti. Mais quelques années plus tard, Louis a fondé sa propre maison d’édition et m’a proposé de relancer la piste « Jordan Rules », ce que nous avons fait pour le résultat que l’on connaît. Suite à la sortie de « Jordan, la loi du plus fort », il m’a proposé de lui soumettre une liste de titres au sein de laquelle il a pioché ce livre qui vient de sortir, un choix qui m’a bien évidemment ravi d’autant que je ne m’y attendais pas forcément.

Cette manière de fonctionner nous convient à tous les deux, mais il m’est arrivé par le passé de traiter de manière similaire avec d’autres éditeurs qui n’ont pas fait preuve de la même intégrité et qui ont, une fois la liste de titres en poche, confié les projets à d’autres traducteurs sans même me recontacter. Je suis content d’avoir trouvé un éditeur qui me fait confiance et à qui je peux faire confiance. Quand il prend la décision de sortir « À la vitesse de la lumière » ou quand il prend la décision de sortir « Jordan, la loi du plus fort », ce n’est pas parce qu’il se dit qu’il y a un marché sur le livre basket et qu’il faut absolument publier quelque chose, mais parce que les livres lui plaisent. Moi c’est pareil, si les livres ne me plaisaient pas, je resterais traduire des jeux vidéo. Publier des livres sans conviction, juste parce qu’on se dit qu’il y a un créneau à prendre, c’est le meilleur moyen de se planter.

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Saurais-tu nous dire pourquoi un classique et best-seller comme « Jordan Rules » (1992) n’a pas été traduit et édité avant ?

Je pense qu’on peut expliquer cette anomalie en retraçant l’évolution de la NBA en France. Quand le livre sort, et jusqu’à la fin des années 2000, la NBA reste un championnat assez confidentiel dans l’hexagone : peu de matches sont retransmis, ils le sont sur une chaîne payante et à des horaires extrêmement tardifs, donc naturellement, la couverture presse s’en ressent. BasketUSA vient tout juste de naître, et c’est sur minitel ! Même si Jordan est un personnage à l’aura mondiale, il est difficile à l’époque de concevoir la publication en France d’un livre aussi pointu tant il fait appel à des connaissances NBA dont seule une extrême minorité du public dispose. Avec l’arrivée d’internet, l’accès aux matches se fait plus facile, tout comme l’accès à des articles de presse américains, et public comme médias se forment peu à peu à avoir un regard plus poussé sur la NBA. Je pense donc que le public français n’était pas forcément mûr pour un tel livre avant la fin des années 2000, d’autant qu’une traduction coûte naturellement plus cher qu’un livre original et que même aujourd’hui, traduire un incontournable comme « Jordan Rules » reste un pari éditorial très risqué.

As-tu déjà songé à proposer une création originale après ces deux succès en tant que traducteur ? Si oui peux-tu nous en dire un peu plus (thème, avancement du projet) ?

Quand j’avais terminé mon mémoire de maîtrise sur Allen Iverson, j’étais extrêmement frustré d’avoir dû le confiner dans une centaine de pages et je souhaitais vivement en faire une version plus longue dans laquelle je pourrais aborder tous les éléments que j’avais dû occulter du fait du cadre dans lequel s’inscrivait le texte. Mais cela remonte déjà à plusieurs années, et je devrais me replonger plus en profondeur dans mon travail pour pouvoir le reprendre là où il en était si je voulais en faire quelque chose de plus ambitieux, d’autant que depuis, j’ai lu beaucoup d’articles et d’ouvrages qui m’ont fait revoir certaines positions énoncées dans le mémoire. Je n’enterre pas ce projet pour autant, mais pour le mener à bien il faudrait que je m’accorde un temps que je n’ai actuellement pas la volonté de prendre.

As-tu prévu de traduire un autre classique ?

Je suis toujours partant pour traduire des livres quand j’estime qu’ils méritent d’être traduits, ce qui inclut très logiquement des classiques. Un mauvais livre devient rarement un classique, donc si tu me demandes si j’ai envie de traduire de bons livres, je suis obligé de te répondre oui. Après, les livres que je préfère ne sont pas forcément des classiques à proprement parler, mais c’est le rôle de l’éditeur d’évaluer ce qui peut ou ne peut pas être traduit, pas nécessairement le mien.

Comment décrirais-tu le marché du livre de basket en France ?

Je manque probablement d’éléments de comparaison, mais je trouve que c’est un marché encore trop confidentiel, et je pense que c’est en partie dû au manque de personnages porteurs. Dans un numéro de « Reverse » spécial Jordan, Jacques Monclar expliquait que dans les années 1990, on ne pouvait pas mettre un autre joueur que Jordan en couverture, sinon les magazines ne se vendaient pas. Tu pouvais mettre Barkley ou Olajuwon, pas moyen de vendre. Même si on a beaucoup progressé à ce niveau-là, j’ai l’impression qu’on peine encore à dépasser ce stade. Pas uniquement par rapport à Jordan, mais de manière générale il est difficile de proposer des titres qui ne sont pas portés par un nom. Les sorties récentes sur le marché vont dans ce sens, avec Jordan, Bird, Magic, Iverson, Parker…  Même pour « À la vitesse de la lumière », si le livre se focalise sur une équipe et non un joueur, on sait pertinemment que Boris Diaw, le capitaine de l’équipe de France, fait partie des personnages principaux et c’est quelque chose qui compte.

Même pour le livre foot, c’est quelque chose qui compte. La différence réside dans le fait que la base de lecteurs potentiels est plus importante, et que tu peux compter sur des locomotives qui vont porter tes titres, par exemple le PSG. Depuis que le PSG cartonne, les livres pleuvent : Zlatan, Ancelotti, Emery, Cavani, Neymar… Peu importe le sujet, le livre peut sortir sans trembler puisque l’aura du PSG suffit à créer un intérêt autour de lui. Pour le basket, c’est plus compliqué : les allégeances envers les équipes sont bien plus diversifiées et il est difficile de trouver un joueur qui rassemble ou qui passionne à une échelle extra-basket.

Il faut pourtant réussir à chasser au-delà des frontières du seul public basket, parce que même s’il ne cesse de grandir, il reste trop réduit pour garantir à lui seul la réussite d’un livre qui parlerait de l’ABA ou du Fab Five de Michigan. Difficile donc de proposer des livres sans penser de manière plus large, ce qui passe par la présence de personnages porteurs, qui sont malheureusement assez rares.

Le basket est certainement en train de devenir le sport numéro deux en France cependant la présence d’ouvrages sur le sujet en librairie reste faible. Penses-tu que cela vienne du fait que moins de gens se tournent vers les livres ou que les éditeurs restent trop traditionnels et préfèrent miser sur le foot ?

Je pense que ça vient du fait que c’est un marché assez nouveau. La NBA ne fleurit réellement en France que depuis le rachat des droits de diffusion par beIN, ce qui reste très récent. Il faut donc se montrer prudent. L’édition dans sa globalité a fait l’erreur de se dire que comme le lectorat sport grandissait, on pouvait proposer beaucoup plus de titres, et elle en fait aujourd’hui les frais. Avec l’Euro 2016 en France, le marché a été inondé par les livres foot si bien que quasiment aucun livre n’a pu atteindre les chiffres qu’il s’était fixés. Sortir beaucoup de livres, c’est prendre le risque que le lectorat se répartisse sur ces différents livres, et qu’au final, aucun desdits livres n’y trouve son compte. J’aimerais bien entendu voir davantage de livres basket sur les étagères des librairies, mais je comprends la prudence des éditeurs face à un marché qui peine encore à se dessiner. Je parle ici de la NBA, les livres sur les basketteurs français comme « Une vie en suspension » ou « Je n’ai jamais été petit » s’adressent, je pense, à un autre lectorat.

Quant au fait que les éditeurs préfèrent miser sur du foot, on peut l’expliquer en partie par le nombre d’auteurs potentiels. Beaucoup de livres foot qui sortent en France sont écrits par des auteurs français, là où la majorité des sorties basket de ces dernières années consiste en traductions de livres américains. Or, la traduction a un coût, et c’est quelque chose qu’il faut prendre en considération dans un marché plus réduit que celui du foot. Je pense que si on disposait de Français capables d’écrire de bons livres NBA, les éditeurs miseraient bien volontiers sur eux, mais peut-on citer une plume de référence dans le basket français ? À part peut-être Jean-Sébastien Blondel, c’est difficile de trouver quelqu’un qui soit réellement considéré comme une référence.

Quel lecteur es-tu ?

À l’origine je suis surtout un lecteur de fantasy, mais plus les années passent et moins je lis de fiction. J’ai de plus en plus de mal à refermer un livre en me disant que je n’y ai rien appris, j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps. Du coup, je lis surtout des livres qui traitent de domaines dans lesquels je souhaite parfaire mes connaissances, le sport bien entendu, mais aussi tout ce qui traite de la vie à l’étranger. L’œuvre d’un auteur comme Naipaul, par exemple, me fascine énormément. Je parlais plus tôt de mon mémoire sur Iverson, c’était un mémoire d’études culturelles, donc je lis encore fréquemment des ouvrages de cette discipline.

Ça va peut-être paraître étonnant, mais je préfère lire les livres en version française. Le français reste ma langue maternelle et je trouve plus agréable de lire en français, d’autant que par déformation professionnelle, j’ai du mal à lire un livre en anglais sans me dire « ça, je pourrais le traduire comme ça », ou « si je devais traduire ça, je ferais comment ? ». Cela étant dit, les livres qui m’intéressent ne sont généralement disponibles qu’en anglais, donc le choix m’est rarement laissé.

As-tu d’autres activités autour du basket?

Cela va faire bientôt cinq ans que je co-anime toutes les semaines le podcast « L’Écho des Parquets » de Basket Infos, et j’espère continuer encore longtemps. À mon grand regret je n’écris malheureusement plus du tout depuis quelques années, même si à chaque début de saison je me dis que cette fois-ci, c’est la bonne, que je vais tenir une chronique hebdomadaire, que je vais reprendre ma rubrique « Suns of Anarchy », mais non. Cela dit, je contribue toujours à la page Twitter @SunsFR, bien que là aussi, je me sois mis en retrait ces dernières saisons et que j’y passe désormais de manière épisodique. Je n’entraîne plus d’équipes de jeunes non plus, mais qui sait, peut-être reprendrais-je l’année prochaine.

Sam Smith a écorché l’image parfaite que pouvait avoir Jordan aux yeux du grand public dans son livre « Jordan La loi du plus fort » cependant MJ jouit toujours d’une image de légende voir de divinité. Comment expliques-tu qu’il ait pu surpasser la polémique née après la publication de ce livre ?

Je pense qu’il a pu s’en relever parce que, tout simplement, il était Michael Jordan. Tout ce qui a été révélé dans le livre demeurait lié au basket d’une manière ou d’une autre. Son côté autoritaire voire tyrannique, son égoïsme patenté, sa distanciation vis-à-vis du reste de la franchise, tout ça reste lié au basket. Et quand on parle de basket, le fait d’être Michael Jordan excuse tout. Au cœur de la tourmente après la sortie du livre, il a remporté deux autres titres, donc on serait facilement tenté de dire que la fin justifie les moyens. Là où son image a souffert en revanche, c’est suite à ses affaires de paris illégaux. Aux États-Unis, les paris étaient et demeurent très réglementés, et le fait d’être considéré comme un « gambler » est vraiment quelque chose qui peut salement écorner l’image d’un personnage public, fût-t-il Michael Jordan. Cet épisode a beaucoup plus joué contre lui que la sortie du livre de Sam Smith, parce qu’il n’avait plus rien à voir avec le basket. À partir de son premier three-peat, tout ce qui relevait de la sphère basket ne pouvait plus l’atteindre, il était devenu beaucoup trop fort pour ça.

Phoenix Suns v Los Angeles Clippers
Ceux qui te suivent savent que tu es fan des Suns. Qu’est-ce qui t’a fait aimer cette équipe et comment vis-tu cette période délicate de reconstruction ?

Les Suns, c’est la première équipe de basket que j’ai aimé en tant qu’équipe. J’ai toujours suivi les Sixers parce que j’étais fan d’Iverson, mais au-delà du joueur, ce que j’éprouvais pour l’équipe pourrait plus facilement être qualifié de bienveillance que d’amour à proprement parler. À Philadelphie, la magie c’était Iverson. Phoenix c’était au-delà de ça, c’était vraiment un univers dans lequel chacun se nourrissait de l’autre, où l’énergie et le talent de chacun contribuait à créer la magie. Et même au-delà de cette synergie, chaque joueur pris de manière individuelle était profondément attachant, je pense que ça se ressent bien dans le livre, d’ailleurs. Cette équipe tendait vers un idéal du basket, celui ou beau jeu et victoire se conjuguent au même temps, un spectacle visuel féérique que l’on associait normalement aux équipes olympiques américaines. Sauf que là, c’était bien réel et c’était toute la saison. Je pense que cette équipe des Suns fait partie des rares équipes envers lesquelles personne n’éprouve d’aversion, il faudrait toute la mauvaise foi du monde pour ne pas les apprécier.

Donc oui, forcément, la période que la franchise traverse actuellement tranche cruellement avec cette ère glorieuse. C’est une première dans l’histoire des Suns, jamais ils n’avaient été faibles pendant aussi longtemps. Je regrette quelques décisions prises par la franchise, mais je pense que désormais, elle vogue avec le bon cap. L’an dernier, c’était difficile d’apprécier ce qui était proposé à l’exception des prestations de Devin Booker, le seul à vraiment faire jaillir cette fameuse magie, mais désormais, on voit du jeu qui se met en place, on voit un groupe qui grandit, et je suis presque impatient d’être à la fin de la saison pour voir où on sera l’équipe tant elle franchit pallier après pallier chaque semaine.

Voir D’Antoni (un des personnage principal de « À la vitesse de la lumière ») exploser à Houston, un rival de la conférence Ouest, ne remue-t-il pas encore plus le couteau dans la plaie ?

Au contraire, rien ne me fait plus plaisir que de le voir réussir. C’est quelqu’un qui porte en lui des idées et des valeurs que je partage, et à cet égard je ne peux que sourire devant sa réussite. De la même manière, j’ai été content de voir Leandro Barbosa devenir champion NBA, j’ai été content de voir Shawn Marion devenir champion NBA, j’ai été content de voir Boris Diaw devenir champion NBA, j’ai été content de voir Channing Frye devenir champion NBA. J’aurais juste préféré qu’ils le soient avec Phoenix plutôt qu’avec Dallas ou San Antonio, mais la vie est ainsi faite. Je suis reconnaissant envers D’Antoni de m’avoir apporté ce qu’il m’a apporté, tout comme je suis reconnaissant envers Marion ou Frye. Je ne leur souhaite que le meilleur, et les voir heureux suffit à me rendre heureux.

Si tu avais la possibilité de vivre puis de nous raconter une saison au sein d’une équipe NBA, comme le fait Jack McCallum dans ton dernier livre, quelle franchise choisirais-tu ? Pourquoi et sur quoi chercherais-tu à mettre l’accent ?

Je pense qu’avoir la possibilité de mener pareille démarche au sein de l’équipe de Portland période Jail Blazers serait une expérience sans précédent, et donnerait un livre à la loufoquerie inégalée, mais je doute qu’il soit possible de la mener à bien dans un environnement aussi négatif. Je vais donc plutôt opter pour les Sixers de la saison 2014-15, qui est, à mon sens, l’une des équipes les plus attachantes de ces dernières années. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette équipe qui a été le prototype du tanking nouvelle génération, avec un coach qui a dû toute l’année rassurer des joueurs qui étaient dans des situations précaires, mais qui est tout de même parvenu à proposer du jeu cohérent et une défense au-dessus de la moyenne malgré l’un des rosters les plus faibles de l’histoire de la NBA. Je pense qu’il y aurait beaucoup à apprendre sur la fragilité de chacun, puisque tous joueurs NBA qu’ils étaient, les Sixers de cette équipe devaient composer avec des inquiétudes bien plus terre-à-terre : la peur d’être viré, la spirale de l’échec, les moqueries du monde extérieur… Je suis sûr que si on pouvait passer un an auprès de cette équipe et écrire un livre à son sujet, on aurait un ouvrage vraiment marquant.

Comment attirer la génération BeIn Sport/NBA Extra (bercée par les images en temps réel) vers les livres ?

Je ne pense pas nécessairement qu’il y ait besoin de l’attirer. Le public qui s’est formé à la NBA suite au rachat des droits de diffusion par beIN est, je trouve, très curieux et très demandeur. Là où beaucoup de spectateurs plus anciens ont tendance à se complaire dans le « c’était mieux avant », ce public-ci ne se braque pas et cherche de lui-même à parfaire ses connaissances sur la NBA d’avant, qu’il s’agisse de vidéos, d’articles ou de livres. Tu as des mecs de même pas vingt piges qui te parlent mieux de Bird ou d’Olajuwon que d’autres qui les ont vus jouer en direct, parce qu’ils cherchent d’eux-mêmes à accéder à ce passé qui les intrigue. Dans les années 1990, on n’avait finalement pas accès à grand-chose de ce qu’était la NBA, donc tout le monde gagne à se plonger dans tous les documents auxquels nous avons désormais accès. Et finalement, les livres sont les supports qui permettent le mieux de comprendre non seulement les faits, mais aussi tout l’immatériel : dans un livre, on ressent bien mieux ce que dégageaient des joueurs en matière d’aura. Par exemple, dans « À la vitesse de la lumière », en lisant la manière dont tout le monde parle de Kobe, on ressent la même chose que quand les défenseurs de l’équipe de France parlent de Ronaldo dans « Les yeux dans les bleus ».

Regarder des vidéos d’époque, lire des articles rétrospectifs, c’est déjà extrêmement enrichissant, mais je pense que lire un livre permet encore davantage de s’imprégner de ladite époque. Par exemple, il y a quelques mois, on a consacré un épisode de « L’Écho des Parquets » à Connie Hawkins, un joueur star de la fin des années 1960, et j’ai été franchement surpris de la capacité qu’on a eu à retranscrire ce qu’il était, ce qu’était l’époque, et ce en quoi il était représentatif de son époque. C’est quelque chose qui m’aurait paru impossible au premier abord, mais on peut s’imprégner d’un savoir passé sans l’avoir vécu. Je vais prendre un dernier exemple, c’est le livre sur Wayne Gretzky que tu m’avais conseillé. Je ne suis absolument pas le hockey, mais en lisant ce livre, j’ai compris le phénomène qu’a été Gretzky et la perception qu’on a pu avoir de lui dès son plus jeune âge. Et je pense que ceux que tu appelles la génération NBA Extra, et moi, nous sommes dans cette démarche de s’imprégner du passé et de ce que nous n’avons pas pu vivre. Nous avons cette soif de recevoir de l’information pour mieux comprendre la NBA qui nous entoure. Donc je crois qu’il est inutile de chercher à attirer un public qui sait déjà exactement ce qu’il cherche. Il faut juste le lui proposer.

Comment définirais-tu la culture basket en France ? Comment t’inscris-tu dans cette culture ?

Je pense qu’il y a d’une part la culture basket française, et d’autre part la culture NBA. Le basket français, c’est plus un basket de clocher comme peut l’être le rugby, avec des places fortes comme Limoges ou Pau qui vivent pour le basket. Quand un gars de Pau te raconte les dimanches à aller voir jouer les jeunes avec les frères Piétrus, il a des étoiles dans les yeux, c’est fantastique. Il y avait plus de monde pour les jeunes que pour l’équipe première ! Ce genre d’histoire nourrit la culture du basket français, c’est une culture un peu PQR, et donc fondamentalement différente de la culture NBA. Pour ma part, je m’inscris plus logiquement dans la culture NBA, parce que je suis d’une région qui n’est pas une grosse région de basket.

Cette culture NBA en France se divise en plusieurs catégories, qu’on peut classer selon les drafts marquantes. En premier lieu, tu vas avoir la génération draft 1984, celle qui a grandi avec Canal+, George Eddy et Jordan. Ensuite, la génération draft 1996, avec Kobe, Iverson et NBA Live. Ensuite, la génération draft 2003 : LeBron, Melo, les matches en streaming. Et enfin, la génération draft 2008, avec Rose, Westbrook, NBA 2K. Chaque génération a ses joueurs marquants et ses éléments culturels qui lui sont propres, autant d’éléments qui forment un tout que l’on appelle la culture basket. C’est pourquoi je pense qu’il est improductif d’ériger une époque contre une autre, dans le sens où chaque époque contribue à ce tout et que chacun a énormément à apprendre des autres époques. En ce qui me concerne, je me situerais à la frontière entre la draft 1996 et la draft 2003, une époque où les rappeurs portaient tous des maillots NBA débilement larges dans tous les clips. Je ne regrette pas de ne pas avoir vécu les époques précédentes, mais je trouve enrichissant d’en apprendre davantage à leur sujet, parce que résumer la culture basket à ma propre période serait une erreur, tout comme avancer qu’elle était mieux que les autres.

Je pense en tout cas que la culture basket française parvient de plus en plus à être autonome. La majorité du contenu des sites spécialisés demeure malheureusement conditionnée par les publications outre-Atlantique, mais on a de plus en plus de créations originales que ce soit des articles, des podcasts, des mixs ou des créations graphiques. Surtout, on peut désormais porter des projets de grande ampleur, chose qui paraissait encore très compliquée il y a cinq ans. Quand tu vois Nicolas Venancio qui parvient à financer un documentaire sur le training camp d’Hervé Dubuisson avec les Nets, ou TrashTalk qui se fait le mk2 Bibliothèque pour projeter un film sur Lenny Cooke, pendant que dans le même temps les sorties en librairies se multiplient, il faut se pincer pour y croire.

Le mot de la fin? Si tu as un message à faire passer c’est le moment.

Je vais revenir sur le livre alors, j’en ai finalement assez peu parlé. Je le conseille vraiment à tous, parce qu’au-delà d’être un excellent livre de basket, c’est un excellent livre tout court, et c’est quelque chose de finalement assez rare. Karim Debbache disait à juste titre que c’était crétin de penser un film adapté d’un jeu vidéo pour plaire aux fans de jeux vidéo, parce que quand on adapte un livre au cinéma, on ne cherche pas à plaire aux fans de livres. Pour que le film plaise, il faut que ce soit un bon film, point. Pour « À la vitesse de la lumière », je pense que c’est pareil. Le livre ne cherche pas à plaire aux fans de basket, pas plus qu’il ne cherche à plaire aux fans de sport. Il cherche avant tout à être un bon livre, et il y arrive avec brio. Le monde littéraire a souvent tendance à regarder de haut la littérature sportive, ce que je peux comprendre même si je ne partage pas cette position. Et je pense que livre de Jack McCallum prouve que c’est un postulat erroné, dans le sens où il n’y a pas besoin d’aimer le basket pour aimer ce livre. En revanche, quand on aime le basket, il est difficile de ne pas l’aimer.

C’était mon mot de la fin. Merci de m’avoir sollicité en tout cas, ce fut un plaisir !

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WAHOO!!! Je vous avais dit que c’était top hein? Je remercie encore chaleureusement Lucas de ne pas avoir simplement couché
 quelques phrases toutes faites pour répondre à mes questions. J’espère vraiment qu’il planchera bientôt sur une nouvelle traduction et qu’il viendra encore nous en parler sur le blog.

En attendant, n’oubliez pas de me suivre sur Instagram (instagram.com/pagevingttrois) où je publie TOUS LES JOURS. Je vous laisse, je retourne me plonger dans l’univers de Steve Nash et des Suns pour vous concocter une chronique et une vidéo à la hauteur du bouquin. À très vite!

Out Of Bounds

Le vendredi 2 et le Samedi 3 Juin se tiendra la première édition de « Out Of Bounds » organisé en collaboration avec la Hoops Factory de Paris qui accueillera l’événement.

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  • C’est quoi ?

    « Out Of Bounds » est le premier salon consacré à la culture basket se déroulant au sein même d’un des temples de la pratique de ce sport.

Il est divisé en deux parties :

1) une conférence d’ouverture sous la forme d’un débat.

2) un salon du livre avec présence d’auteurs et d’activités ludiques.

  • La conférence :

Animée par l’équipe de la First Team elle se déroulera dans un esprit de convivialité, sur le parquet, en public (limité à 50 places), et avec des invités venus d’univers différents (journalistes,consultants, auteurs, joueurs…).

Suivez Page 23 sur les réseaux sociaux pour en découvrir plus sur les invités à mesure que l’on se rapproche du Jour J.

Le thème principal sera l’évolution du basket (essentiellement NBA) sur et en dehors du parquet depuis le phénomène Dream Team 92.

« Out Of Bounds » doit se voir comme le rendez-vous annuel majeur où les spécialistes échangeront sur des sujets importants qui ont impacté ou impactent encore notre façon de vivre notre passion.

C’est l’occasion pour vous de venir assister à un événement inédit, original et pourquoi pas d’échanger vous-mêmes avec certains intervenants à la fin de la conférence.

  • Le salon :

Tout autour d’un terrain privatisé pour l’occasion, venez rencontrés les auteurs des meilleurs livres sur le basket. En plus de découvrir des ouvrages sur votre sport favori, voici l’opportunité de vous les procurer dédicacés.

Là encore, suivez Page 23 sur les réseaux pour en savoir plus sur les auteurs présents.

Venez également découvrir le travail de l’artiste Yann Dalon, un illustrateur de talent qui sait sublimer les portraits de vos joueurs favoris.

Les Poupluches seront aussi disponibles sur place afin de ravir votre âme d’enfant ou faire plaisir aux vôtres.

Ne repartez pas sans avoir pris le temps de vous procurer les derniers numéros des magazines REVERSE et BASKET, chacun traitant de la balle orange à leur façon pour notre plus grand bonheur.

Enfin, au cœur de cette exposition, sur le terrain qui vous est réservé, participez à plusieurs activités telle que le HORSE ou un parcours d’habileté animés par Hoopsidia. Si la chance vous sourit, vous repartirez même avec un cadeau. Et même si vous ne gagnez pas, vous aurez eu la possibilité de faire du basket avec ce qui se fait de mieux en France en terme de condition de jeu sur les parquets extraordinaires de la Hoops Factory.

  • C’est quand ?

La conférence c’est le Vendredi 2 Juin à partir de 19H00.

Le salon avec les activités c’est le Samedi 3 Juin à partir de 14H00.

  • C’est où ?

A la Hoops Factory de Paris, la toute première en France !

Allez si tu as la flemme de chercher sur Google je t’aide :

3 rue Pierre Larousse
93300 Aubervilliers
(Porte de la Villette)

  • Ça coûte combien ?

Rien. Mais genre rien du tout. Gratuit quoi ! Oui oui ! GRATUIT !!!

Une conférence avec des spécialistes, la rencontre avec les auteurs des meilleurs livres sur le basket et la possibilité de jouer à la Hoops Factory, tout ça gratuitement !

Oui je sais on est des fous…

  • Et pourquoi vous faites ça ?

Parce que le basket est sans doute le meilleur vecteur de culture pouvant toucher toutes les générations et qu’il se doit d’avoir un événement qui va dans ce sens.

Dans les éditions futures, « Out Of Bounds » mettra à l’honneur tous les autres éléments de la Hoop Culture, mais avant cela, on a une grande première à remplir alors je compte sur vous.

Débarquez à la Hoops Factory de Paris le 2 et 3 Juin !!! On vous attend nombreux.

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INTERVIEW EXCLUSIVE DE ROLAND LAZENBY

L’auteur de « The Life », la plus grande biographie sur Michael Jordan, et de « Showboat », idem sur Kobe Bryant, vous livre ici quelques anecdotes sur sa méthode de travail titanesque pour réaliser de tels ouvrages. Découvrez à travers ces quelques questions l’homme derrière les best-seller.

PAGE 23: Je ne pense pas que les gens réalisent le temps que cela prend pour écrire un livre, pouvez-vous nous dire combien de semaines, mois, ou même années cela vous a pris pour écrire respectivement “The Life” et “Showboat”?

Roland LAZENBY: « Et bien, j’ai passé des années à écrire à propos de MJ et Kobe avant de commencer les projets de biographies. Le projet MJ a pris 3 ans. Kobe environ 18 mois. »

Quels furent les principales étapes pour écrire ces livres? Étaient-elles les mêmes pour les deux livres?

« C’est un processus assez standard. J’ai passé des années à écrire sur eux donc je connaissais la plupart des histoires. Mais la biographie requiert une compréhension profonde. J’ai fait d’énormes recherches pendant plusieurs années essayant de comprendre la famille de Jordan depuis son arrière grand-père Dawson Jordan. Pour Kobe, je suis parti en Italie pour trouver des gens qui l’ont connu de ses 10 ans à son adolescence. La partie fun de ces projets ce sont les nombreuses interviews. Pour autant, c’est aussi fascinant parce que tous les deux ont été l’objet de multiples articles par les journalistes. C’est une combinaison de ma propre expérience de reportage, mes recherches, et de mes interviews de plusieurs personnes gravitant autour d’eux qui ont été les témoins des événements de leurs vies. »

Avez-vous rencontré des problèmes pendant l’écriture de ces livres ? Si oui, pouvez-vous les partager avec nous ?

« Ce fut extrêmement difficile pour les deux livres pour différentes raisons en commençant par le nombre incroyable d’informations à traiter. Le fait de rechercher et de trouver de nouvelles informations était extrêmement motivant pour moi. Il y avait tellement de choses qui n’étaient pas connu sur les deux joueurs.  Découvrir ces infos était un effort fascinant. Le livre sur Kobe était un plus gros challenge parce que ma sœur aînée est tombée malade pendant que j’étais en train de l’écrire. Je n’avais pas réalisé à quel point elle était malade. Elle voulait que je vienne lui rendre visite. Hélas elle décéda le jour ou je venais de finir le livre, donc le processus entier d’édition et de préparation du livre pour la publication était une période délicate pour moi. »

Est-ce qu’à un moment donné, pendant l’écriture de ces deux livres, vous vous êtes rendu compte que votre perception d’un ou des deux joueurs avait changé ?

« Oui, j’ai eu une toute nouvelle perspective sur Kobe au fur et à mesure que je réalisais que ces parents étaient quasiment fauchés et qu’il est devenu pro pour les tirer d’affaire financièrement. Cette information change l’entière narration de sa vie. Avec MJ, l’image commença à changer quand je pris connaissance de l’influence de son arrière-grand-père et de sa grand-mère maternelle sur sa vie et sa personnalité.

Je dois rajouter que le simple processus de placer la vie d’un sujet dans une entière chronologie change souvent la façon dont nous les voyons. C’est pour cela que les biographies complètes ont tellement de valeur. C’était le cas avec aussi bien MJ que Kobe. »

Pensez-vous que Kobe aurait réussi s’il avait joué avec les Bulls de Jordan (je pense à la cohésion d’équipe et le leadership) ? Même question avec Jordan chez les Lakers de Kobe.

« Kobe était si jeune en débarquant dans la NBA. Il allait rencontrer des problèmes de toute façon. Mais il aurait été fort avec ces Bulls renifleurs de coke en 1984.

Et, comme me l’a dit plusieurs fois Tex Winter, Jordan aurait eu à lutter avec un joueur comme Shaq.

Donc tous les deux, aussi semblable qu’ils soient, ont du batailler avec deux contextes très différents en tant que joueurs. »

Est-ce que n’importe quel autre coach que Jacskon aurait été en mesure de rendre ces deux joueurs champions ou pensez-vous qu’il était fait pour être le leur ?

« Il était fait pour être le leur. S’il vous plaît n’amoindrissez pas le rôle de Tex Winter dans le succès de MJ, Kobe et Jackson. Il y aurait eu d’autres entraîneurs qui auraient connu le succès, peut-être. »

Si vous pouviez changer quelque chose dans les carrières de Jordan et de Kobe qu’est-ce que ce serait?

« Je pense que cela aurait été fun de voir Kobe aller à Duke. Mais je ne suis pas fan de ce genre d’alternatives. »

Jackson avait l’habitude de donner des livres à ses joueurs, savez-vous si quelques joueurs en NBA passent du temps à lire?

« Je pense que quelque joueurs NBA lisent grâce au temps libre dont ils disposent. Mais la génération a aussi changée. Les meilleurs joueurs deviennent étudiants du jeu parce qu’ils doivent apprendre comment faire partie du paysage des plus grands. »

Qu’est-ce que cela vous fait de savoir que vos livres rencontrent tellement de succès qu’ils sont traduits et vendus à travers le monde?

« J’aime les lecteurs des 14 langues pour le livre de Jordan et des 11 pour Kobe. C’est vraiment amusant de voir  le pouvoir du basketball et de ces grands compétiteurs sur une échelle mondiale. »

Lequel de vos livres pas encore traduit en français aimeriez-vous voir l’être ?

« Jerry West  »

Travaillez-vous sur un nouveau livre en ce moment ?

« Je fais un break en ce moment. J’ai travaillé très dur, 14 heures par jour, jusqu’au bout de la nuit, ces dernières années. J’ai besoin de renouveler mon esprit, chose que je suis en train de faire. »

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Maintenant quelques questions super rapides:

Quel est le premier livre que vous vous rappelez avoir lu ?

« Je lisais tellement quand j’étais gamin, mais j’aimais particulièrement le travail de Jack London et d’autres comme ça. J’ai vraiment apprécié tout ce qu’à fait John Steinbeck. »

Quel est le livre ultime (qui n’existe pas) que vous rêveriez de lire (question difficile) ?

« Un livre à propos du changement de la société Américaine à la fin des années 60, début 70, ma jeunesse. »

Quel est votre livre favori de tous les temps sur le sport ?

« Je dirai « The Breaks of the Game » par David Halberstam (note de Page 23 : l’auteur de “Playing for keeps“ sur Jordan, “The Breaks of the Game” parle d’une saison de Bill Walton alors chez les Portland Trail Blazers). »

Y a-t-il un livre ou un auteur qui vous inspire dans votre façon de travailler?

« J’aime les gars comme Robert Caro (ses livres sur Lyndon B. Johnson), Taylor Branch (sa trilogie sur Martin Luther King et « Second Wind » avec Bill Russell).

J’aime tout un tas d’auteurs. Phil Jackson mettait toujours en avant Cormac McCarthy, et j’en suis venu à aimer tant de ses livres. Pareil avec Larry McMurtry. »

Cela peut paraître stupide mais lisez-vous beaucoup? Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

« Une des choses que je fais lors de ce break c’est prendre le temps de lire. Quand je recherche et que j’écris, c’est un travail intensif et j’ai un calendrier extrêmement chargé. En ce moment je suis en train de lire Bruce Catton sur la Guerre Civile, je re-lis Huck Finn. Le dernier livre que j’ai lu était « Dead Man’s Walk » par Larry McMurtry. »

Etes-vous un collectionneur? Si oui, pouvez-nous nous parler de votre collection?

« J’ai tendance à collectionner le matériel de mes recherches, les media guides (guides à l’intention des journalistes et autres médias avec toutes les informations possibles et imaginables réalisés par les équipes elles-mêmes ou les différentes ligues), les magazines, les livres de sports. J’ai une collection de plusieurs milliers de publications sur MJ et Kobe, les Lakers, Celtics, Pistons, Bulls, toutes les équipes avec lesquelles j’ai voyagé et à propos desquelles j’ai écrit. »

Un dernier mot pour vos lecteurs français?

« Beaucoup d’amour pour mes lecteurs en France. Beaucoup d’amour. »

Je tiens à remercier énormément Roland LAZENBY de s’être prêté au jeu de l’interview pour Page 23. Auteur à succès il n’en reste pas moins un homme d’une grande simplicité, accessible et d’une gentillesse incroyable.

« The Life » sur Michael Jordan est disponible partout. « Showboat » sur Kobe Bryant devrait également paraître bientôt en France.

L’ART DE LA VICTOIRE – Phil KNIGHT

Longtemps sur ma wishlist j’attendais avant de me décider de l’ajouter à ma pile à lire éternellement haute. Sa traduction en VF chez Hugo Sport a fini de me convaincre de me le procurer au plus vite. LeBron James en a même fait la promo sur les réseaux sociaux (autant mettre à l’honneur la main qui vous nourrit haha). Il fut rejoint par la suite par d’autres athlètes sponsorisés Nike.

Qui d’autre que le fondateur de la marque pour en raconter son histoire ? C’est donc un Phil Knight tout juste diplômé que l’on commence à suivre dès les premières pages. On se prend d’affection pour ce jeune idéaliste, peut-être même un peu bohème bien que décidé de l’orientation qu’il souhaite donner à sa vie d’adulte responsable. Ainsi il fera tout pour réaliser son rêve et aller au bout de son « idée folle » comme il l’appelle. Mener à bien le sujet de sa thèse lui ayant permit d’obtenir son diplôme : importer des chaussures de courses du Japon pour les vendre sur le sol américain.

Pour se faire il lui parut important d’en savoir plus sur ses futurs clients c’est-à-dire tout le monde et c’est donc logiquement qu’il prit la décision de faire un tour de la planète pour découvrir les secrets d’un maximum de peuples. Ainsi on l’accompagne à travers l’Asie, L’inde, l’Europe, dans des paysages aussi bien décrit que les chaussures des gens qu’il y croise. Ce voyage, financé par ses parents après négociations, se révèlera fort utile à de nombreuses reprises dans son parcours professionnel.

L’argent est omniprésent dans ce livre. La passion de Knight étant la course à pied, c’est une véritable course au Dollar qu’il s’apprête à vivre à partir de 1962 et de sa première paire de Onitsuka Tigers vendue en faisant du porte à porte. En effet il lui fallut recourir à tous les stratagèmes les plus ingénieux pour convaincre successivement ses parents, ses futurs partenaires, ses banquiers et autres créanciers de lui prêter de l’argent.

L’objet de cette chronique n’étant pas de vous raconter dans les détails comment s’est construit l’empire Nike, je vais simplement en survoler les plus grandes étapes. Vous verrez Knight s’inventer patron de Blue Ribbon une entreprise fictive imaginée pour rassurer les japonais d’Onitsuka la marque qu’il souhaite importer. Avec Blue Ribbon Knight devra embaucher son tout premier salarié, Jeff Jonhson sans conteste le « personnage » que j’ai le plus apprécié du livre. Johnson est un véritable gentil, acceptant les rôles les plus ingrats et complexes mais indispensables aux étapes de croissance successive de la firme. Le futur patron de Nike se rapprochera de Bill Bowerman son ancien entraîneur. Un homme totalement dévoué à la course et tout ce qui entoure cette pratique sportive. C’est lui qui sera le premier à apporter les innovations aux chaussures. Vous découvrirez aussi les deux histoires d’amour marquantes de la vie de Knight.

Ce qui transpire de ce livre et qui contamine le lecteur, c’est cette détermination qui anime Knight. Véritable source d’inspiration que chacun de nous peut essayer de transposer dans sa vie personnelle ou professionnelle. Voir Knight traverser ce parcours semé d’embûches sans abandonner son rêve nous transcende.  Mais s’il fait preuve d’obstination et de courage tout au long du livre, c’est sa qualité de meneur d’hommes qui lui aura permit d’arriver au sommet. Sans les gens dont il a su s’entourer il n’y aurait jamais eu de nom « Nike », pas de logo mythique, pas de bulles d’air, et tout se serait arrêter faute d’argent. En effet je m’étais naïvement imaginé que le grand patron aurait eu plus d’impact concret sur les chaussures elles-mêmes ou sur les aspects marketing et identitaire. En fait toutes les innovations et les bonnes idées lui sont venus de l’extérieur. Il s’est « contenté » de présider le tout, prenant sans doute le plus de risque au passage.

L’allégorie la plus évidente résumant cette aventure est d’ailleurs directement suggéré par l’auteur lui-même. Une guerre… sans balles. Lui serait un Napoléon et ses associés ses soldats. Ce sont eux qui vont au combat mais lui qui dirige. Comme pour nous aider à comprendre sa grandeur, il décrit systématiquement les personnes lui étant venu en aide comme inférieures. Insidieusement il glisse dans sa description des défauts souvent physiques ou des traits de caractère qu’il tourne en dérision. Ainsi Johnson, sur qui repose la grande partie du succès de Nike, est décrit comme un fou, un obsédé de la chaussure et de la vente. Knight avoue le snober volontairement nous rappelant implicitement que certes il n’avait pas les idées mais il restait le patron. Idem pour l’inventeur des bulles d’air, ses différents avocats lui ayant sauvés la mise, ses commerciaux… Ils avaient tous de gros défauts qui accompagnaient leurs petites qualités. Il n’y a bien que sa femme finalement qui échappe à un lot de critique.

L’auteur décide d’arrêter sa narration détaillée de l’aventure Nike à l’année 1980 laissant le dernier chapitre nous évoquer souvent poétiquement le chemin parcours depuis. Si ces dernières lignes sont remplies de sincérité et ne saurez vous laisser indifférent, je reste encore mitigé sur l’impression finale que me laisse cet homme.

Vous le savez sur Page 23 je ne vous cache rien et je vous parle le plus franchement possible. Je ne décide de ne présenter que des livres que j’ai globalement apprécié car je ne vois pas l’intérêt de descendre publiquement un ouvrage. Autant ne pas en parler plutôt que de se répandre en critique négative dont la subjectivité pourrait être contredite sur le blog voisin. Si je vous dis cela c’est parce que je m’attendais à lire l’histoire de la conquête du marché surmédiatisé des plus grands athlètes de ce monde et que je ne compris qu’à la fin que je n’en aurais pas le plaisir. D’où une légère déception. En effet vous n’apprendrez rien sur la signature de Michael Jordan chez Nike, faisant pourtant basculer l’aura de la marque dans une autre dimension. Pas un mot non plus sur les modèles phares des années 90 et 2000 et encore moins sur le processus d’attribution des licences exclusives NFL ou NBA. Il m’aurait paru intéressant pour le lecteur aussi bien venu du monde de l’entreprenariat que du sport de découvrir les coulisses de ces thèmes qui font la renommé encore aujourd’hui de la marque au swoosh. Voilà donc tout ce que j’avais à dire de « négatif » sur le bouquin, cela n’ayant en rien entaché le plaisir qui accompagnait sa lecture.

Un livre passionnant et passionné pour lequel chaque lecteur saura dégager les éléments essentiels à l’art de leur victoire.

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